Projet issue d’une résidence de 10 semaines, présenté dans le cadre de La Relève 8 et du Festival Parallèle au Couvent Levat (Marseille), 2026.
Ix Dartayre envisage son travail artistique comme un lieu de rencontre. Les formes s’y côtoien librement, et ses adelphes s’y retrouvent également ; une communauté élective qui habite les œuvres et célèbre la puissance des singularités. À travers ses installations, ses photographies, ses performances ou ses objets, l’artiste cherche à exalter les corps multiples des sien·nes. Elle s’applique à délimiter un territoire sûr et manifeste, entre le refuge et le sémaphore. Les lieux qu’elle investit pour ses expositions se chargent de souvenirs personnels et, par la scénographie, se transforment en espaces domestiques. Les images, objets et corps peuvent ainsi se déployer de manière spontanée, intuitive et intime portant autant de récits personnels, de gestes quotidiens que d’histoires fabuleuses. Chacu devient un talisman, invitant à la contemplation et à la mémoire.
Pour son exposition dans la Chapelle noire du Couvent Levat, Ix Dartayre a choisi de détourner la charge liturgique du lieu pour la mettre au service d’existences transféminines. Des sœurs recluses aux sœurs de transition. Derrière un rideau de perles aux couleurs du drapeau transgenre, l’artiste a disséminé des photos, des cadres, des objets, des éléments de son quotidien et des bougies. Tout se mêle pour domestiquer un espace lourd d’histoire sans renoncer pour autant à sa nature méditative.Calme, spirituel, posé, le lieu permet la lenteur et le recueillement.
L’artiste collabore avec son amie compositrice THELIA pour la création d’une pièce sonore immersive. Divers sons résonnent dans la chapelle, composés à partir de voix issues de contenus consultés (vidéos, réseaux sociaux, musiques, archives) ainsi que d’entretiens réalisés avec d’autres personnes transféminines. Le son devient une matière mouvante : les souffles, les bruits issus d’exercices vocaux, les mots et les phrases sont étirés, fragmentés, superposés, transformés. Certaines présences vocales demeurent distinctement audibles, tandis que d’autres se fondent en nappes chantées. L’ensemble cherche à s’inscrire dans l’architecture du lieu, à l’habiter pleinement, avec à la fois une forme de spontanéité et d’attention.
Dans le prolongement de cette recherche collective, Ix Dartayre ouvre l’espace de l’exposition à d’autres sœurs, qu’elle invite à intervenir au sein de la chapelle*. Par la lecture, le corps, l’écoute, la musique ou des gestes performatifs, ces activations donnent forme à des temps partagés, où les paroles peuvent circuler et les corps se rencontrer. Dans ce qui pourrait être perçu comme de nouveaux rituels, des vies s’énoncent. Au cœur d’un espace collectif, des corps racontent des identités qui, coûte que coûte, se libèrent et s’inventent chaque jour.
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* Activation collective le dimanche 15 février de 14h à 19h.
Avec Aïcha Chikh, Ava Namen, Ix Dartayre, Laju Bourgain, Leïa de Guibert, Nuria Mokhtar, Prudence, Sasha Ariel
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Texte de Guillaume Mansart, critique indépendant et directeur artistique de Documents d'Artiste.


























